Le repos. Une arme ultime.

Ce que ma péricardite m'a appris sur la vraie performance

Le 15 février 2026, j'étais à l'urgence. Pour la deuxième fois de ma vie. Même diagnostic qu'en 2021 : péricardite aiguë. Une inflammation de la membrane qui entoure le cœur. Une douleur sourde, constante, qui te rappelle à chaque respiration que tout est fragile.

Six jours plus tard, le 21 février, je célébrais mes 7 ans de sobriété.

Le timing est brutal. Presque ironique.

Mais ce n'est pas une histoire triste. C'est l'histoire d'une découverte que j'aurais probablement mis des années à faire si mon corps ne m'avait pas forcé la main.

Pendant une semaine, allongé sur mon divan en convalescence, j'ai été contraint de faire ce que je n'aurais jamais choisi de faire volontairement : rien. Pas de podcasts à enregistrer. Pas de formations à donner. Pas de réunions Zoom. Pas de course à la prochaine publication. Juste... le vide.

Et c'est dans ce vide que tout s'est éclairci.

Le vide n'est pas l'ennemi. C'est le plan de match.

On vit dans une culture qui glorifie l'occupation. On porte notre surcharge de travail un accomplissement. On répond « Busy! » quand quelqu'un nous demande comment on va, et on le dit avec fierté, comme si c'était une preuve de notre valeur.

Mais la science est claire, et mon corps me l'a confirmé de la manière la plus brutale qui soit : la performance optimale nécessite une alternance rythmique entre périodes d'effort intense et périodes de récupération adéquate.

Les athlètes de haut niveau le savent. Aucun marathonien ne court 365 jours par année. Aucun joueur de hockey ne joue 82 matchs sans jours de repos entre les parties. L'entraînement inclut la récupération. Ce n'est pas un bonus. C'est une composante essentielle de la performance.

Alors pourquoi, comme entrepreneurs, on s'entête à croire qu'on peut fonctionner à plein régime 52 semaines par année sans jamais s'arrêter ?

Les trois cadeaux de ma semaine forcée

Voici ce que j'ai découvert durant ma convalescence. Trois choses que je n'aurais jamais vues si j'avais continué à courir.

1. Le repos physique réel

Je ne parle pas de dormir 8 heures et de se lever pour recommencer le lendemain. Je parle d'un repos profond. Le genre de repos où tu ne mets pas de cadran. Où tu ne regardes pas ton téléphone en te levant. Où tu laisses ton corps dicter le rythme.

Après 48 heures de ce repos-là, j'ai senti une différence que je n'avais pas ressentie depuis des mois. Pas juste physiquement. Mon énergie mentale était différente. Plus claire. Plus stable.

On sous-estime à quel point la fatigue s'accumule en silence. On s'habitue à fonctionner à 70% en pensant qu'on est à 100%. C'est seulement quand tu te reposes vraiment que tu réalises à quel point tu étais épuisé.

2. La clarté d'esprit

Le troisième jour de ma convalescence, quelque chose de surprenant s'est produit. Des idées ont commencé à émerger. Pas des idées forcées, pas des brainstorms calculés. Des idées organiques. Des connexions que mon cerveau n'avait jamais eu l'espace de faire parce qu'il était constamment occupé à gérer le quotidien.

J'ai eu une idée de nouveau programme que je n'aurais jamais eue en pleine semaine de travail. J'ai vu des opportunités dans ma business que le bruit quotidien m'empêchait de voir. J'ai trouvé des solutions à des problèmes que je trainais depuis des semaines.

C'est logique quand on y pense. Ta capacité d'attention et de concentration est une ressource limitée qui s'épuise au fil de la journée. Quand tu arrêtes de la dépenser en mode réactif, elle se recharge. Et quand elle est pleinement rechargée, elle te donne accès à un niveau de réflexion stratégique que tu n'atteins jamais dans le feu de l'action.

3. Le recul stratégique

C'est peut-être le cadeau le plus précieux des trois. Quand tu es dans ta business 24/7, tu vois les arbres. Quand tu prends du recul, tu vois la forêt.

Depuis mon divan, j'ai pu regarder mon entreprise de l'extérieur. Comme un coach qui observe son équipe depuis les estrades plutôt que depuis le banc. Et ce changement de perspective m'a permis de voir des choses essentielles.

J'ai réalisé que certaines activités auxquelles je consacrais beaucoup d'énergie ne généraient presque aucun retour. J'ai identifié des processus que je pouvais simplifier. J'ai vu clairement quels étaient les 20% d'actions qui généraient 80% de mes résultats, et ce que je pouvais éliminer, automatiser ou déléguer.

Ce genre de clarté, tu ne l'obtiens pas en ajoutant une heure de « réflexion stratégique » dans un calendrier déjà plein. Tu l'obtiens en créant un véritable vide.

La règle du 8 semaines : mon nouveau protocole

Cette expérience m'a convaincu de quelque chose que je savais intellectuellement mais que je n'appliquais pas : le repos n'est pas une récompense. C'est un outil stratégique.

Voici ce que je mets en place à partir de maintenant : une semaine de recul à toutes les 8 semaines.

Pas une semaine de vacances. Pas une semaine à jouer au golf (ok, peut-être une petite partie…). Une semaine de vide intentionnel.

Concrètement, ça ressemble à quoi ?

Aucun mandat client durant cette semaine. C'est la règle la plus difficile. Parce que refuser du travail quand on est solopreneur, ça va à l'encontre de tous nos réflexes. Mais c'est exactement pour ça que c'est puissant.

Pas de création de contenu actif. Mon système 1-10-100 fait en sorte que mon contenu est programmé d'avance. Ma présence sur les réseaux sociaux continue sans mon intervention constante. C'est tout l'avantage d'avoir bâti des systèmes.

Le droit de ne rien planifier. C'est contre-intuitif pour un entrepreneur. On est câblés pour optimiser chaque minute. Mais cette semaine-là, l'agenda reste vide. Si une idée émerge, tant mieux. Si rien ne vient, c'est correct aussi. Le but est de laisser le cerveau vagabonder.

De la lecture, de la réflexion, du mouvement. Pas de la consommation frénétique de podcasts business et de tutoriels YouTube. De la lecture lente. De la marche sans écouteurs. De la réflexion sans objectif précis.

Pourquoi c'est terriblement difficile (et pourquoi ça vaut la peine)

Soyons honnêtes. Se dire qu'on ne prendra pas de mandat pendant une semaine entière, et ce, pas pour partir en vacances mais pour faire le vide... c'est terrifiant.

Ton cerveau va te bombarder d'objections. « Et si un gros client appelle cette semaine-là ? » « Et si je perds du momentum ? » « C'est une semaine de revenus en moins. » « Les autres ne font pas ça, pourquoi moi je devrais ? »

Je connais ces voix. Elles sont les mêmes qui me disaient, en 2021, que je ne pouvais pas me permettre de quitter mon agence. Les mêmes qui glorifient le surménage et qui idéalisent l'entrepreneur qui sacrifie pour son entreprise.

Mais voici ce que j'ai appris : si ta business ne peut pas survivre une semaine sans toi, tu n'as pas une business. Tu as un emploi que tu t'es créé. Et probablement le pire emploi au monde, parce que ton boss (toi) ne te donne jamais de congé.

En 2021, avec mon agence, une semaine d'arrêt m'avait terrorisé. Les clients en panique, les projets en retard, le cashflow impacté. En 2026, en tant que solopreneur Moneyball, j'ai passé une semaine sur mon divan en convalescence et ma business a roulé à 80% d'efficacité. Mes ventes en ligne continuaient. Ma création de contenu était programmée. Je répondais à mes courriels sans trop d'efforts grâce à l'IA.

C'est ça, la vraie liberté entrepreneuriale. Pas le chiffre d'affaires. Pas le nombre de clients. La capacité de t'arrêter sans que tout s'écroule.

Comment préparer ta semaine de vide

Tu ne peux pas simplement décider vendredi soir que la semaine prochaine sera ta semaine de repos. Ça se prépare. Voici comment.

Bâtis tes systèmes d'abord. C'est le prérequis non négociable. Si tu n'as pas de contenu programmé d'avance, si tu n'as pas d'entonnoir automatisé, si chaque vente dépend de ta présence active, ta semaine de repos va se transformer en semaine d'anxiété. L'automatisation est ton équipe virtuelle. Elle travaille pour toi 24/7, sans congé, sans plainte.

Dans mon cas, et on s’entend que ma pause est arrivée abruptement, j’avais deux semaines de contenu d’avance, une campagne de pub qui vend mes formations en ligne, et une autre pour me générer des leads pour mon accompagnement Élite.

Bloque ces semaines sur ton calendrier annuel. Avec le concept du Big Ass Calendar de Jesse Itzler, tu visualises ton année au complet. Bloque tes semaines de vide en premier, avant les lancements, avant les projets, avant tout le reste. Si tu ne planifies pas ce qui est vraiment important pour toi (ta santé, ta famille, ton repos), ton entreprise le fera à ta place, te ramenant dans la prison de la productivité sans fin.

Communique clairement. Préviens tes clients que tu seras en mode « réflexion stratégique » cette semaine-là. Tu n'as pas besoin de t'excuser. Tu n'as pas besoin de te justifier. Un simple message d'absence automatisé fait l'affaire.

Prépare ton environnement. Éloigne les tentations. Si tu sais que tu vas être tenté de vérifier tes courriels toutes les 30 minutes, utilise ton « téléphone de vacances ». Supprime les notifications. Crée un environnement qui favorise le repos, pas la productivité.

Ce n'est pas de la paresse. C'est de l'intelligence stratégique.

Je sais ce que certains pensent en lisant ça. « C'est bien beau, Marco, mais moi je n'ai pas le luxe de prendre une semaine off toutes les 8 semaines. »

Je comprends. Je pensais exactement la même chose avant ma première péricardite en 2021. Je pensais que je ne pouvais pas me permettre de ralentir. Puis mon corps m'a forcé à le faire, et j'ai réalisé que non seulement je pouvais me le permettre, mais que j'aurais dû le faire bien avant.

La vérité, c'est que tu ne peux pas te permettre de NE PAS le faire. Pas si tu veux durer. Pas si tu veux performer sur le long terme. Pas si tu veux éviter que ton corps prenne la décision à ta place, comme le mien l'a fait. Deux fois.

L'approche Moneyball, c'est faire plus avec moins. C'est remplacer le volume par la précision, la force brute par l'intelligence stratégique. Et parfois, la chose la plus stratégique que tu puisses faire, c'est de ne rien faire du tout.

Les blocs de récupération et de réflexion sont essentiels pour éviter l'épuisement et maintenir ta clarté de vision. Ce ne sont pas des blocs « bonus » que tu ajoutes si tu as le temps. Ce sont des fondations.

Mon rythme annuel, revisité

Avant ma péricardite, mon année ressemblait à ça :

Janvier à juin : exécution. Juillet-août : ralentissement d'été. Septembre à décembre : exécution. Vacances de Noël. Recommencer.

Maintenant, mon année ressemble à ça :

Semaines 1 à 8 : exécution stratégique. Semaine 9 : vide intentionnel. Semaines 10 à 17 : exécution stratégique. Semaine 18 : vide intentionnel. Et ainsi de suite.

Six semaines de vide par année, réparties intelligemment. Six semaines qui, j'en suis convaincu, vont me rendre plus productif sur les 46 autres. Parce que chaque retour de semaine de repos sera un retour avec des idées fraîches, une énergie renouvelée et une vision plus claire.

La leçon de mon coeur

Ma première péricardite, en 2021, m'a dit : « Sors de là. » Ma deuxième, en 2026, m'a dit : « Tu es au bon endroit. Mais apprends à respirer. »

J'ai passé 7 ans à apprendre la lucidité par la sobriété. J'ai appris à bâtir des systèmes, à automatiser, à optimiser. J'ai appris à faire plus avec moins.

Mais il me restait une leçon à apprendre : parfois, « moins » veut dire zéro. Et c'est dans ce zéro-là que se cache la prochaine version de toi-même.

Ton corps, ta vie, te parlent constamment. Les épreuves, les maladies, les moments de fatigue extrême... ce ne sont pas des punitions. Ce sont des messages.

La question n'est pas de savoir comment les éviter. La question est de savoir comment les écouter.

Alors je te pose la question : à quand remonte la dernière fois où tu t'es vraiment arrêté ? Pas pour partir en voyage. Pas pour remplir ton temps avec une autre forme de stimulation. Mais pour créer un véritable vide. Pour laisser le silence te parler.

Si la réponse te fait réfléchir, c'est probablement un signe que tu en as besoin plus que tu ne le crois.

Le repos n'est pas l'opposé de la performance. C'est son carburant le plus puissant.

Fais-en une arme. Pas une récompense.

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